La Banque centrale européenne tire la sonnette d’alarme. Dans un document de travail récent, l’institution met en garde contre l’essor rapide des stablecoins, estimant qu’une adoption massive pourrait fragiliser les banques de la zone euro et affaiblir la souveraineté monétaire européenne.
Un marché déjà à 300 milliards de dollars
Les stablecoins représentent aujourd’hui un marché d’environ 300 milliards de dollars. Et l’autre détail, c’est que plus de 95 % de ces actifs numériques sont émis en dollars américains.
Ces cryptomonnaies promettent des paiements rapides, peu coûteux et accessibles à l’échelle mondiale. Pour ce fait, leur expansion rapide attire autant les investisseurs que les entreprises.
Selon le document de la BCE, le marché des stablecoins pèsera entre 900 milliards et 4 000 milliards de dollars d’ici à l’horizon 2030. L’institution estime que cela représente un risque direct et indéniable pour l’ensemble des banques européennes.
Un risque direct pour les banques de la zone euro
Selon les auteurs du document, une croissance rapide des stablecoins pourrait inciter les particuliers à transférer une partie de leurs dépôts bancaires vers des actifs numériques.
Or, les dépôts bancaires totaux dans la zone euro atteignent actuellement près de 17 000 milliards d’euros. Si les stablecoins atteignaient 4 000 milliards d’euros dans la zone euro, l’impact serait massif sur les mécanismes de transmission de la politique monétaire.
En effet, les banques, ainsi privées d’une partie de leurs dépôts, devront se financer via des sources alternatives plus coûteuses et moins stables. Cela pourrait réduire leur capacité à accorder des crédits, ce qui affectera l’économie réelle.
Le risque serait encore plus important si le marché était dominé par des stablecoins non libellés en euro, mais en des devises comme le dollar américain.
MiCAR face au Genius Act
L’Europe a récemment adopté le règlement MiCAR, qui impose des limites quantitatives aux actifs libellés en monnaie électronique.
Aux États-Unis, le Genius Act soutenu par Donald Trump prévoit principalement que les stablecoins soient adossés à des actifs liquides, comme le dollar, sans plafonnement équivalent.
Cette divergence réglementaire alimente les inquiétudes européennes quant à une possible domination des stablecoins en dollar sur le marché international.
L’euro numérique comme réponse stratégique
En parallèle, la BCE poursuit le développement de l’euro numérique. Cette version dématérialisée de la monnaie fiduciaire est conçue comme un outil de paiement, assorti de plafonds de détention par individu.
Selon l’institution, ces limites visent à protéger les dépôts bancaires, à renforcer la stabilité financière et à préserver l’efficacité de la politique monétaire.
Face à la montée des stablecoins privés, la BCE semble vouloir affirmer une réponse publique structurée.

