Pour contrer la montée en puissance des cryptomonnaies, les gouvernements occidentaux se servent principalement de deux armes : la réglementation et les monnaies numériques des banques centrales (CBDC). Bien que ces dernières soient soutenues par les États et une partie de la finance traditionnelle, leur adoption ne fait pas encore l’unanimité. La Présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde a récemment déclaré que les banques centrales auraient tort de négliger les CBDC.
Une adoption indispensable pour conserver le rôle d’« ancres monétaires »
Connue pour sa position anti-crypto, Christine Lagarde milite ardemment pour que les banques centrales se dotent d’une monnaie numérique. Elle a expliqué son point de vue en affirmant que les CBDC permettraient aux banques centrales de maintenir leur influence dans une économie numérique.
L’ancienne directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a notamment rappelé que les banques centrales jouent le rôle d’« ancres monétaires » pour les banques commerciales. « Si nous ne sommes pas impliqués dans l'expérimentation et l'innovation en termes de monnaie numérique de banque centrale, nous risquons de perdre le rôle d'ancrage que nous avons joué pendant de nombreuses décennies », a-t-elle affirmé.
Les banques commerciales offrant davantage de services numériques à une clientèle favorable aux cryptomonnaies, Mme Lagarde craint que les banques centrales se fassent larguer sans les CBDC. « Nous devons répondre à la demande de paiements numériques afin de maintenir le rôle d'ancre que nous avons joué régulièrement. », a-t-elle conclu.
Ce point de vue avait déjà été défendu en décembre 2022 par le membre du comité directoire de la BCE Fabio Panetta, qui militait alors pour l’adoption des CBDC en lieu et place des stablecoins. À l’époque, ce dernier affirma :
« En veillant à ce que le rôle de la monnaie de banque centrale en tant que point d'ancrage du système de paiement soit préservé pour les transactions de détail et de gros, les banques centrales préserveront la confiance dont dépendent en définitive les formes privées de monnaie. »
À lire également : La transformation de l'économie mondiale par la CBDC menace les bénéfices des banques
La position de la Fédération bancaire de l’Union européenne
Le 28 mars, la Fédération bancaire de l’Union européenne (FBE) a fait connaitre sa position sur l’avènement d’un euro numérique à travers la publication d’un document. Celui-ci présente notamment les valeurs et les préoccupations des banques commerciales de l’UE à l'égard de l'euro numérique.
Favorable à l’avènement de cette monnaie numérique, la FBE a fait valoir qu’elle nécessitera l’intensification du partenariat entre les banques centrales et les banques commerciales. Ce partenariat public-privé devrait ainsi permettre d’aborder sereinement « les changements fondamentaux et les risques pour le système monétaire et financier ».
Le document présente également les trois éléments sur lesquels travaillera l’écosystème ainsi défini. Il s’agit notamment de l'euro numérique, une monnaie numérique de banque centrale de gros et des tokens monétaires émis par les banques.
Outre le rôle d’ancre garanti par la Banque centrale européenne, l’euro numérique devrait également assurer deux autres fonctions selon la FBE. Le premier sera de garantir l’interaction avec l'espace unique de paiement en euros, et le second devra être développé et exploité par le secteur privé selon des principes à définir.