Après avoir été reconnu coupable du plus grand piratage de Bitcoin jamais enregistré, Ilya Lichtenstein vient d’être libéré plus tôt que prévu. Cette remise en liberté, rendue possible par le First Step Act, une loi signée sous l’administration Trump, soulève des interrogations sur l’application des politiques de réduction de peine à des cybercriminels de haut vol.
Le pirate de Bitfinex retrouve la liberté grâce à une loi de 2018
En 2016, l’exchange crypto Bitfinex subit un vol massif : près de 120 000 BTC sont siphonnés de ses portefeuilles. Derrière ce coup digne d’un film de braquage numérique, on retrouve Ilya Lichtenstein et sa complice Heather Morgan, aussi connue sous le pseudonyme musical de Razzlekhan. À l’époque, la somme dérobée équivaut à plusieurs centaines de millions de dollars, et sa valeur atteint aujourd’hui plus de 4,5 milliards de dollars.
Arrêtés en 2022, le couple est inculpé pour blanchiment d’argent. Lichtenstein reconnaît son rôle dans l’opération, coopère avec les autorités et est condamné à 5 ans de prison. Son épouse, moins impliquée dans la phase technique du piratage, écope de 18 mois.
Mais à la surprise générale, Ilya Lichtenstein annonce sa libération début janvier 2026, à peine un an après le début de sa détention. Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), il explique que cette décision découle directement des mesures de réinsertion permises par le First Step Act, une loi fédérale adoptée sous Donald Trump en 2018.
Cette réforme permet aux détenus non violents de réduire leur peine s’ils participent à des programmes éducatifs ou de réhabilitation. C’est précisément ce dispositif qu’a invoqué Lichtenstein pour obtenir sa libération anticipée. Il déclare vouloir désormais mettre ses compétences au service de la cybersécurité.
Sa femme a salué cette nouvelle sur les réseaux sociaux comme le “meilleur cadeau du Nouvel An”, après des années de séparation.
Quand la réforme pénitentiaire bénéficie à un pirate crypto
Le First Step Act a pour ambition d’humaniser le système carcéral américain, en offrant aux prisonniers une chance de rédemption à travers l’éducation et la réinsertion. Il repose sur une logique simple : plutôt que d’allonger inutilement les peines, il vaut mieux encourager les efforts de réhabilitation. En théorie, cette philosophie vise des profils à faible dangerosité.
Mais l’application de ce texte à un pirate de l’envergure de Lichtenstein pose question. Faut-il assimiler un voleur de milliards en Bitcoin à un détenu “non violent” ? La réponse n’est pas si évidente. Si l’acte en lui-même n’a pas causé de blessures physiques, ses conséquences économiques ont été colossales pour Bitfinex et ses utilisateurs.
Certains analystes estiment que sa coopération avec les autorités – notamment pour retracer les fonds et améliorer la compréhension des flux blockchain illégaux – a joué en sa faveur. D’autres craignent que cette décision n’envoie un mauvais signal, en banalisant les cybercrimes à très forte valeur.
Reste à savoir quel sera désormais le rôle de Lichtenstein dans l’écosystème. Son ambition de contribuer à la cybersécurité pourrait séduire certains acteurs du secteur, comme cela a pu être le cas pour d’anciens hackers devenus “white hats”. Mais la controverse risque de persister.
La libération d’Ilya Lichtenstein ne marque pas la fin de l’affaire Bitfinex, mais bien le début d’un débat sur l’éthique de la réforme carcérale appliquée à la criminalité numérique.

