Le Parlement européen a exprimé un soutien politique clair à la création d’un euro numérique. Derrière ce vote, un objectif stratégique : réduire la dépendance de l’Europe aux géants américains des paiements et garantir un accès universel à une monnaie publique adaptée à l’ère numérique.
L’euro numérique avance avec l’appui du Parlement
Réunis à Strasbourg, les eurodéputés ont adopté deux amendements au rapport annuel de la BCE, affirmant que l’introduction d’un euro numérique est essentielle à la souveraineté monétaire de l’Union européenne. Le texte a été approuvé à 443 voix pour, 71 contre et 117 abstentions.
L’euro numérique, en tant que version digitale de la monnaie émise par la BCE, pourrait être utilisé en ligne et hors ligne, sans frais pour les utilisateurs, que ce soit pour des paiements en magasin, sur Internet ou entre particuliers. Il serait reconnu comme ayant cours légal, à égalité avec les billets et les pièces.
L’un des objectifs principaux est de proposer une alternative européenne aux systèmes de paiement dominés par Visa, Mastercard ou les géants du numérique. L’euro numérique vise à limiter les dépendances extérieures, tout en préservant la confidentialité des données.
Lagarde rassure, mais les débats persistent
Face aux critiques, notamment sur la vie privée, Christine Lagarde a tenu à rassurer les parlementaires : la BCE n’aura pas accès aux données personnelles des utilisateurs. Elle insiste aussi sur le fait que l’euro numérique ne remplacera pas les espèces. Le consommateur restera libre de choisir son moyen de paiement.
Du côté des banques commerciales, les réticences sont plus marquées. Le secteur redoute une fuite des dépôts bancaires vers les comptes en euro numérique, perçus comme plus sûrs. La BCE a déjà évoqué l’idée d’un plafond par utilisateur pour limiter ce risque, mais rien n’est encore arrêté.
Le projet n’en est encore qu’au stade du soutien de principe. La phase pilote est attendue pour 2027, après l’adoption d’un cadre juridique formel par le Parlement et le Conseil européens. L’émission potentielle de l’euro numérique pourrait avoir lieu en 2029 si toutes les conditions sont réunies.
Un enjeu de souveraineté face aux acteurs privés mondiaux
L’euro numérique s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté économique. Il ne s’agit pas seulement d’innover, mais de protéger les infrastructures financières européennes dans un monde dominé par les technologies américaines et chinoises.
Ce projet de monnaie publique numérique ambitionne de moderniser les paiements tout en renforçant l’autonomie stratégique de l’UE. Dans un contexte de forte digitalisation des transactions, il pourrait devenir un outil structurant pour les prochaines décennies.
Mais entre ambition politique, délais réglementaires, tensions bancaires et réticences citoyennes, le chemin vers l’euro numérique reste semé d’embûches. Le signal de Strasbourg est fort, mais la bataille ne fait que commencer.
