Alors que les marchés crypto poursuivent leur reprise et que l’Asie reste en ligne de mire des grandes plateformes, l’Inde envoie un signal clair : la tolérance réglementaire n’est pas à l’ordre du jour. Le régulateur indien, via la Financial Intelligence Unit (FIU), vient d’annoncer un durcissement significatif des règles KYC et AML pour tous les exchanges enregistrés. Ce virage sécuritaire, motivé par la lutte contre l’évasion fiscale et la fraude, confirme une posture de plus en plus rigide à l’égard des cryptomonnaies. Décryptage.
Vérifications biométriques et données renforcées pour les exchanges crypto
Le 10 janvier, la FIU (Financial Intelligence Unit) a publié de nouvelles directives imposant aux plateformes crypto enregistrées en Inde une série de mesures supplémentaires pour renforcer la vérification d’identité des utilisateurs. Selon The Times of India, les exchanges devront désormais utiliser des selfies en direct pour valider les inscriptions. Ces photos seront analysées via un logiciel de reconnaissance de mouvements oculaires et de tête, destiné à détecter les deepfakes IA. À cela s’ajoute la collecte obligatoire des adresses IP, données de géolocalisation, et d’un horodatage précis de la création du compte.
L’objectif affiché est de durcir l’application des règles KYC (Know Your Customer) et AML (Anti-Money Laundering) en éliminant les risques d’usurpation ou d’anonymat. Les utilisateurs devront également fournir plusieurs documents d’identité officiels avec photo, vérifier leur numéro de téléphone ainsi que leur adresse email, et subir une validation bancaire par virement test. Ces exigences s’appliquent immédiatement à toutes les plateformes opérant sous juridiction indienne.
Le défi de la collecte d’impôts
Au-delà de la conformité KYC, ce tour de vis s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par l’administration fiscale indienne. Le 12 janvier, des représentants du Income Tax Department (ITD) ont alerté le Parlement sur les risques de contournement liés aux cryptomonnaies. Ils estiment que les plateformes décentralisées, les portefeuilles anonymes et l’aspect transfrontalier des actifs crypto compromettent gravement la collecte d’impôts.
Selon la réglementation actuelle, les plus-values sur crypto sont taxées à 30 %, sans possibilité d’imputer des pertes. Les autorités redoutent que l’écosystème DeFi, combiné à des lacunes réglementaires, facilite l’évasion fiscale de masse. L’ITD pousse désormais pour un encadrement plus strict des flux, afin d’identifier et contrôler les investisseurs locaux. Ces préoccupations fiscales expliquent en grande partie le durcissement du KYC et la pression croissante exercée sur les exchanges.
Ces nouvelles mesures pourraient bouleverser l’intégration des utilisateurs indiens, freinant l’adoption crypto tout en protégeant le système fiscal. Si l’Inde conserve un potentiel énorme avec ses 1,4 milliard d’habitants, la réglementation en cours risque de pousser les utilisateurs vers des alternatives offshore ou décentralisées. Reste à voir si cette stratégie de contrôle aboutira à un écosystème plus sain ou si elle limitera, au contraire, l’innovation locale.

