Le nom d’Epstein continue de semer le trouble, et cette fois, ce sont plusieurs figures majeures de l’écosystème crypto qui se retrouvent éclaboussées. Que révèlent les fichiers récemment déclassifiés par le Département de la Justice américain ? Quels sont les liens entre cet homme compromis et les leaders de la blockchain ?
Des figures majeures de la crypto citées dans les fichiers judiciaires
Les documents rendus publics par le Department of Justice (DOJ) américain mentionnent plusieurs personnalités influentes du monde des cryptomonnaies. Ces noms apparaissent dans des courriels, des listes de contacts ou des échanges financiers avec Jeffrey Epstein. Il est important de rappeler que l’inclusion dans ces fichiers ne constitue pas une preuve de culpabilité ou de participation à ses crimes.
Peter Thiel, cofondateur de PayPal et investisseur reconnu dans le Web3, a entretenu une correspondance suivie avec Epstein. Des échanges évoquent des sujets variés allant de la politique mondiale à des projets juridiques. Plus concrètement, Epstein aurait investi 40 millions de dollars dans Valar Ventures, une société de capital-risque fondée par Thiel. Des invitations à se rendre sur l’île privée d’Epstein apparaissent dans les échanges, mais les représentants de Thiel assurent qu’il n’y est jamais allé.
Un autre nom ressort : Blockstream, entreprise clé dans le développement du Bitcoin. En 2014, Epstein participe à un tour de table de 18 millions de dollars, en investissant personnellement 50 000 $ via un fonds dirigé par Joi Ito, alors directeur du MIT Media Lab. Adam Back, cofondateur de Blockstream, a précisé que cette relation s’est arrêtée à cet investissement indirect. Quelques mois plus tard, le fonds d’Ito s’est retiré, évoquant des “conflits d’intérêts”.
L’autre cofondateur, Austin Hill, semble avoir été en recherche active de connexions dans l’entourage d’Epstein, sollicitant notamment des introductions à des figures comme Bill Gates ou Blythe Masters.
Du côté de Brock Pierce, connu pour avoir cofondé Tether, les liens apparaissent plus récurrents. Dès 2011, Pierce échange des emails avec Epstein, évoquant des opportunités dans Coinbase et d’autres projets crypto. Un chat WhatsApp suggère même que Pierce aurait initié Epstein aux bases du secteur crypto.
Michael Saylor, président exécutif de MicroStrategy, est mentionné de façon indirecte dans des emails entre Epstein et des relations sociales. Décrit comme un homme “cherchant à améliorer sa vie sociale”, Saylor n’aurait pas interagi directement avec Epstein, selon les éléments disponibles.
Réactions publiques, silences stratégiques et enjeux réputationnels
Face à la publication des fichiers, certaines personnalités ont tenu à clarifier leur position. C’est le cas d’Elon Musk, qui a déclaré sur X (anciennement Twitter) n’avoir jamais participé à une soirée ni mis les pieds sur l’île d’Epstein. Un échange d’emails montre néanmoins que Musk et Epstein ont évoqué des projets énergétiques pour SolarCity, et des invitations à des fêtes circulent dans les archives. Musk a supprimé un message appelant à publier l’intégralité des fichiers, mais a réaffirmé vouloir que “les clients d’Epstein soient poursuivis”.
Autre figure politique et économique impliquée : Howard Lutnick, ex-secrétaire au commerce sous Trump. En décembre 2012, il visite l’île d’Epstein avec sa famille, durant une escale en yacht. Il affirme aujourd’hui avoir coupé les ponts depuis longtemps et qualifie Epstein de “dégueulasse”.
L’homme d’affaires Bryan Johnson, quant à lui, apparaît simplement dans la mise en place d’un échange téléphonique avec Epstein. Aucun lien commercial ou personnel direct n’a été identifié.
Cette diffusion massive de documents a suscité une vive réaction de la part des avocats des victimes. Plusieurs d’entre eux dénoncent une publication déséquilibrée : les identités de nombreuses survivantes sont exposées, tandis que celles des agresseurs présumés sont souvent masquées. Selon l’avocate Jennifer Freeman, cette publication “a été mal gérée depuis le début, avec des occultations maladroites qui nuisent aux victimes”.
La crypto face à son miroir
Ces révélations illustrent la complexité des réseaux de pouvoir à l’intersection de la technologie, de la finance et des cercles d’influence. Si certains liens semblent anecdotiques, d'autres laissent entrevoir des connexions plus profondes, tant financières que sociales.
La promesse de transparence de la blockchain se heurte ici à des zones d’ombre humaines, où des acteurs clés du Web3 se retrouvent confrontés à leurs choix passés. La gestion de ces révélations, tout comme les réponses publiques apportées, pourrait bien devenir un test de crédibilité pour une industrie qui entend incarner l’innovation responsable.
