La volonté des États-Unis de constituer une réserve stratégique en Bitcoin semblait marquer un tournant géopolitique majeur. Pourtant, près d’un an après le décret présidentiel, le projet piétine. Des obstacles légaux inattendus, entre agences fédérales et contraintes réglementaires, freinent une mise en œuvre pourtant jugée prioritaire par la Maison Blanche. Face à ces lenteurs, la communauté crypto dénonce un écran de fumée politique.
Un décret historique piégé par la machine juridique
En mars 2025, le président Donald Trump a signé un décret fondateur pour les actifs numériques : la création d’une réserve stratégique de Bitcoin et d’un stock numérique d’actifs incluant certaines altcoins. Cette initiative visait à institutionnaliser la place des cryptomonnaies dans la stratégie économique américaine. Mais si l’intention affichée était claire, l’exécution, elle, s’est heurtée à la réalité de la bureaucratie fédérale.
Selon Patrick Witt, directeur du White House Crypto Council, le projet reste une priorité gouvernementale, mais il est ralenti par des dispositions juridiques méconnues. Lors d’un passage dans le podcast Crypto in America, Witt a expliqué que plusieurs agences, comme le Département de la Justice (DOJ) et l’Office of Legal Counsel (OLC), examinent encore les implications légales du décret : « Cela semble simple, mais on se heurte à des textes obscurs qui limitent l’action de certaines agences. Nous poursuivons les efforts, mais c’est un vrai défi. »
Le décret présidentiel interdit explicitement à l’État d’acquérir du Bitcoin sur le marché libre. Seules les cryptomonnaies saisies dans le cadre d’affaires judiciaires peuvent être ajoutées à la réserve. Cette contrainte limite fortement le potentiel de constitution d’un stock stratégique, ce qui alimente les critiques sur le manque de volonté réelle derrière l’annonce initiale.
Entre ambitions politiques et inertie fédérale
Malgré l’impact symbolique de l’initiative, une large part de la communauté Bitcoin perçoit cette stratégie comme purement déclarative. Pour Justin Bechler, maximaliste Bitcoin, le constat est sans appel : « Croire que le gouvernement va sérieusement constituer une réserve stratégique en Bitcoin, c’est être complètement déconnecté de la réalité. »
En juillet 2025, la publication d’un rapport officiel sur la politique numérique n’a apporté aucun détail supplémentaire sur la réserve Bitcoin, accentuant la frustration des acteurs du secteur. La déception est d’autant plus forte que cette promesse politique avait été accueillie comme une tentative de repositionnement stratégique des États-Unis sur l’échiquier crypto mondial.
Une lueur d’espoir a néanmoins surgi en août 2025, lorsque le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a évoqué une méthode budgétairement neutre pour permettre à l’État d’acquérir du Bitcoin sans aggraver le déficit. Cette stratégie pourrait reposer sur la conversion d’actifs déjà détenus, comme l’or, ou sur la valorisation comptable des métaux précieux pour financer l’achat de BTC. Une solution qui contournerait habilement l’interdiction d’achat direct, mais qui n’a pas encore été mise en œuvre.
L’inaction actuelle, associée aux nombreuses contraintes juridiques et à l’absence de vision claire, laisse penser que les freins administratifs pourraient durablement empêcher l’émergence d’une véritable réserve fédérale en Bitcoin. Pendant ce temps, d’autres nations pourraient prendre l’avantage dans la course aux crypto-actifs souverains.
