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Luc José Adjinacou
Écrit par Luc José Adjinacou,Éditeur
Luc José Adjinacou
Révisé par Luc José Adjinacou,Éditeur

Quel avenir pour la crypto en Europe après le départ de Christine Lagarde ?

Christine Lagarde quitte la BCE après avoir soutenu MiCA et lancé l’euro numérique. Sceptique envers les cryptos et critique des stablecoins, elle devrait être remplacée par des profils tout aussi prudents, assurant une continuité réglementaire en Europe.

Quel avenir pour la crypto en Europe après le départ de Christine Lagarde ?
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Le départ annoncé de Christine Lagarde de la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), prévu avant la prochaine élection présidentielle française, ouvre une nouvelle phase pour la politique monétaire européenne, et pour la régulation des cryptomonnaies. Figure prudente, souvent critique envers les actifs numériques, Lagarde a pourtant supervisé l’émergence du cadre réglementaire MiCA et l’avancement du projet d’euro numérique. Son successeur changera-t-il la trajectoire crypto de l’Union européenne ? Rien n’est moins sûr.

Lagarde, une présidence marquée par la méfiance envers les cryptos

Comme beaucoup de banquiers centraux, Christine Lagarde s’est montrée particulièrement sceptique vis-à-vis des cryptomonnaies. En 2022, elle déclarait que sa « très humble évaluation » était que la crypto « ne vaut rien », estimant qu’elle n’était adossée à aucun actif sous-jacent susceptible d’en garantir la sécurité.

Elle insistait également sur les risques encourus par les investisseurs, considérant que nombre d’entre eux ne comprenaient pas pleinement les dangers associés aux marchés crypto et pouvaient « tout perdre ». Cette position a influencé le ton des consultations de la BCE sur le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), qui a structuré l’environnement réglementaire européen.

La BCE ne légifère pas directement, mais elle a joué un rôle d’observateur et de conseiller tout au long du processus, en particulier sur les aspects liés à la politique monétaire et aux paiements.

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Étapes clés du déploiement du cadre réglementaire MiCA

Même après l’adoption de MiCA, Lagarde est restée vigilante, notamment sur les stablecoins. En septembre 2025, elle appelait les législateurs européens à mettre en place des garde-fous solides et des régimes d’équivalence pour les émetteurs étrangers. Elle alertait sur le risque de « bank run » sur les stablecoins et soulignait que sans coopération internationale, les risques chercheraient toujours « le chemin de moindre résistance ».

Pour elle, laisser les stablecoins se développer sans contrôle pourrait menacer la souveraineté monétaire et transformer la monnaie, bien public, en produit privé.

L’euro numérique : réponse institutionnelle à la demande digitale

Malgré sa prudence vis-à-vis des cryptos privées, Lagarde reconnaissait dès 2021 la demande croissante pour des monnaies numériques. Au Forum économique mondial, elle affirmait que si les consommateurs préféraient des solutions digitales au cash, il fallait leur proposer une alternative européenne, sécurisée et accessible.

Cette réponse a pris la forme du projet d’euro numérique. L’enquête préparatoire a débuté en octobre 2021. En octobre 2025, la BCE a achevé la phase de préparation et décidé d’entrer dans la phase de préparation à l’émission.

Le calendrier envisagé prévoit une mise en œuvre progressive. L’objectif affiché est de moderniser l’euro pour le rendre « adapté à l’avenir », selon les termes de Lagarde.

Le projet suscite néanmoins de fortes critiques. Certains redoutent un outil supplémentaire de surveillance des comportements financiers, un contrôle accru des dépenses ou la disparition progressive des transactions anonymes. Des interrogations subsistent également sur la capacité d’utilisation hors ligne et la dépendance à des infrastructures numériques.

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Calendrier prévisionnel du déploiement de l’euro numérique. Source : PwC

La BCE affirme de son côté que l’euro numérique respectera des standards stricts de confidentialité et préservera les avantages du cash dans l’univers digital. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a souligné que l’euro numérique renforcerait la résilience du système de paiement européen, réduirait les coûts pour les commerçants et offrirait une plateforme d’innovation au secteur privé.

Un départ dans un contexte politique sensible

Le départ de Lagarde intervient à un moment politiquement délicat. En quittant son poste avant l’élection présidentielle française, elle permet au président Emmanuel Macron d’influencer le choix de son successeur.

La France, deuxième économie de l’Union européenne, joue un rôle central dans la désignation du président de la BCE. Selon Reuters, aucun président de l’institution n’a été nommé sans l’aval de Paris.

Le contexte politique intérieur est instable. Le Rassemblement national progresse dans les sondages et Jordan Bardella a déclaré que Macron pourrait ainsi exercer une influence au-delà de la fin officielle de son mandat.

Des successeurs prudents sur la crypto

Les favoris pour succéder à Lagarde seraient Pablo Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne, et Klaas Knot, ancien gouverneur de la Banque centrale néerlandaise.

Hernández de Cos déclarait en 2022, lors d’une conférence de la Banque des règlements internationaux (BRI), que la crypto pouvait poser « des risques hautement significatifs », difficiles à comprendre et à mesurer, même pour les acteurs les plus expérimentés. Il plaidait pour un cadre réglementaire robuste afin de transformer ce qu’il qualifiait de « Far West » en système ordonné.

Klaas Knot adopte une position similaire. En 2024, il reconnaissait les bénéfices potentiels de la tokenisation et des registres distribués, notamment en matière d’efficacité et de liquidité. Mais il insistait sur les risques pour la stabilité financière et soulignait qu’on ne pouvait présumer que davantage de décentralisation apporterait automatiquement des bénéfices systémiques.

En juin 2025, il évoquait spécifiquement les stablecoins, affirmant que les régulateurs devaient rester « agnostiques » quant aux technologies utilisées, à condition que l’innovation ne se fasse pas au détriment de la stabilité.

Continuité plus que rupture ?

Malgré les critiques récurrentes sur la lenteur européenne, l’Union européenne a réussi à adopter un cadre crypto global avant les États-Unis, pourtant perçus comme plus favorables aux actifs numériques.

Ce cadre s’est construit avec l’appui d’une banque centrale prudente et d’une présidente ouvertement sceptique.

À ce stade, rien n’indique qu’un changement à la tête de la BCE entraînera un virage radical en faveur des cryptomonnaies. Les candidats pressentis partagent une vision axée sur la stabilité financière, la régulation robuste et la souveraineté monétaire.

Le futur de la crypto en Europe semble donc s’inscrire davantage dans une logique de continuité réglementaire que de révolution idéologique. MiCA devra évoluer, la finance décentralisée reste encore en grande partie hors champ réglementaire, et l’euro numérique poursuit son développement.

La question n’est peut-être pas de savoir si la BCE deviendra pro-crypto, mais plutôt comment elle encadrera une innovation qu’elle considère utile à condition qu’elle ne menace ni la stabilité ni la souveraineté européennes.

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