Les nouveaux droits de douane annoncés par Donald Trump, dont un tarif global supplémentaire de 10 %, suscitent une vive opposition au sein du paysage politique et économique américain. Des parlementaires, des think tanks basés à Washington et des juristes dénoncent une mesure susceptible de freiner l’économie, alors même que la Cour suprême vient de limiter l’autorité présidentielle en matière tarifaire.
Des « taxes déguisées » selon plusieurs élus
Le sénateur Rand Paul a qualifié les tarifs de hausse d’impôts visant « les familles travailleuses et les petites entreprises », estimant que ces mesures constituent un facteur négatif pour l’économie américaine. Le représentant Ro Khanna a également dénoncé une politique commerciale qu’il décrit comme une taxe destinée à financer une guerre commerciale imprudente, sans bénéfice sécuritaire tangible.
Vendredi, la Cour suprême des États-Unis a invalidé l’autorité de Donald Trump à imposer des tarifs en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). En réponse, le président a annoncé l’instauration immédiate d’un tarif mondial supplémentaire de 10 %, venant s’ajouter aux droits déjà en vigueur, notamment ceux relevant des sections 232 et 301.
Scott Lincicome, vice-président du Herbert A. Stiefel Center for Trade Policy Studies au sein du Cato Institute, estime que même sans recours à l’IEEPA, d’autres bases légales et engagements politiques de l’administration pourraient maintenir des droits de douane élevés, avec des effets négatifs sur l’économie et les relations internationales.
Impact économique et réaction des marchés crypto
Les précédentes vagues tarifaires ont souvent pesé sur les marchés financiers, en particulier sur les actifs dits « risk-on », dont les cryptomonnaies. Les tensions commerciales tendent à renforcer l’aversion au risque, ce qui affecte traditionnellement les marchés actions et crypto.
Lors de la dernière annonce, la réaction a toutefois été plus mesurée. Le prix de bitcoin a progressé d’environ 3 % après la déclaration présidentielle, évoluant autour de 68 000 dollars. Cette stabilité relative suggère que les marchés crypto pourraient intégrer différemment les risques commerciaux, ou anticiper un cadre juridique plus contraint pour ces nouvelles mesures.
Cette divergence par rapport aux réactions précédentes pose la question de la résilience actuelle du marché crypto face aux chocs politiques et macroéconomiques.
Une portée juridique contestée
Donald Trump a précisé que les nouveaux tarifs s’appliqueraient immédiatement, tout en maintenant les droits existants liés à la sécurité nationale et aux pratiques commerciales étrangères. Toutefois, selon l’avocat spécialisé dans le secteur crypto Adam Cochran, la base légale invoquée présente des limites.
D’après lui, le dispositif utilisé autorise uniquement l’imposition de tarifs sur les pays avec lesquels les États-Unis enregistrent un déficit commercial, pour une durée maximale de 150 jours et dans une limite de pourcentage déterminée. Cette contrainte pourrait réduire l’ampleur effective de la mesure ou ouvrir la voie à de nouveaux contentieux.
Le débat autour des tarifs illustre une tension persistante entre stratégie commerciale, cadre constitutionnel et stabilité économique. Si les marchés crypto ont pour l’instant absorbé l’annonce sans réaction excessive, l’évolution juridique et politique du dossier pourrait continuer d’influencer le sentiment des investisseurs dans les semaines à venir.

