Détenir ses propres cryptomonnaies sans intermédiaire est-il un luxe idéologique ou un droit inaliénable ? Pour Hester Peirce, commissaire de la Securities and Exchange Commission (SEC) — le régulateur des marchés financiers américains — la réponse ne fait aucun doute : l’auto‑détention est un droit fondamental. Dans un entretien relayé par Cointelegraph, elle affirme que chacun devrait pouvoir garder le contrôle direct de ses actifs numériques, sans être obligé de passer par un acteur tiers.
Une liberté individuelle remise en question
Hester Peirce n’est pas une inconnue dans l’univers crypto. Surnommée "Crypto Mom" par certains, elle incarne au sein de la SEC une ligne favorable à l’innovation blockchain. À ce titre, ses déclarations prennent une résonance particulière. « Pourquoi devrais-je être obligée de passer par quelqu’un d’autre pour conserver mes actifs ? », interroge-t-elle, remettant en cause l’idée selon laquelle la gestion autonome serait une pratique marginale ou à risque.
Elle pointe également un glissement culturel préoccupant : la protection de la vie privée financière tend à être perçue comme suspecte. Or, pour elle, cette méfiance devrait s’inverser. Le droit à la discrétion et au contrôle individuel ne devrait pas être l’exception, mais la norme.
Ses prises de position s’inscrivent dans un contexte législatif incertain. Le projet de loi américain Digital Asset Market Structure Clarity Act, censé clarifier le statut des actifs numériques et les obligations relatives à l’auto‑détention, a été repoussé à 2026. Ce report prolonge l’ambiguïté réglementaire qui entoure encore la conservation directe des cryptomonnaies.
Les ETF séduisent, l’auto‑détention s’érode
Pendant que le débat politique se poursuit, le marché, lui, semble emprunter un autre chemin. Un nombre croissant d’investisseurs, y compris parmi les premiers adeptes du bitcoin, choisissent désormais de s’exposer via des fonds indiciels cotés (ETF). Ces instruments offrent une porte d’entrée simplifiée dans l’univers des cryptos, tout en déléguant la garde à une institution financière.
Commodité d’utilisation, fiscalité avantageuse ou sécurité perçue : les arguments en faveur de ces produits ne manquent pas. Mais cette tendance pose une question de fond. En renonçant à l’auto‑détention, les utilisateurs ne perdent-ils pas l’essence même de ce que permet la technologie blockchain : la souveraineté totale sur ses avoirs numériques ?
Pour Hester Peirce, cette évolution appelle à une vigilance accrue. La délégation n’est pas un mal en soi, mais elle ne doit pas devenir une obligation déguisée. La possibilité de conserver soi-même ses actifs, en dehors du système bancaire traditionnel, doit rester un choix ouvert et légitime.
L’intervention d’Hester Peirce fait écho aux tensions qui traversent aujourd’hui l’écosystème crypto. D’un côté, l’aspiration à une adoption massive via des produits régulés ; de l’autre, la volonté de préserver les principes fondateurs de décentralisation et de liberté individuelle. Dans ce jeu d’équilibre, la notion d’auto‑détention ne relève pas seulement de la technique : elle reflète une certaine idée de la citoyenneté numérique.