Dans un monde où l'intelligence artificielle redéfinit les frontières du réel et du virtuel, la question de l’identité numérique devient cruciale. Worldcoin, projet crypto porté par Sam Altman, vient de franchir un cap symbolique en annonçant avoir vérifié l’identité de 10 millions de personnes à travers son réseau. Une prouesse qui illustre à la fois l’adhésion croissante au concept de "proof of personhood" et les défis réglementaires colossaux auxquels l’entreprise doit faire face. Entre expansion fulgurante et interdictions multiples, Worldcoin se trouve aujourd’hui à un tournant. Décryptage.
Un succès controversé pour le projet crypto axé sur la preuve d’humanité
Worldcoin, le projet crypto rebaptisé World, a récemment annoncé un jalon majeur : 10 millions de personnes ont été authentifiées grâce à son système de reconnaissance biométrique, basé sur les orbs. Ces dispositifs scannent l'iris des utilisateurs pour leur attribuer une identité numérique unique. Selon Worldcoin, cette technologie vise à pallier les dangers de l’IA en garantissant un "proof of personhood", c'est-à-dire une preuve d’humanité infalsifiable.
Ce système ambitionne ainsi d’éviter les usurpations d’identité, les deepfakes et la manipulation des informations à l’ère de l’intelligence artificielle. Toutefois, si cette avancée impressionne par son ampleur, elle suscite aussi de vives controverses, notamment en raison des risques liés à la collecte et au stockage des données biométriques. De nombreux experts et défenseurs des droits numériques dénoncent une possible dérive vers un modèle de surveillance de masse, malgré les assurances du projet crypto quant au respect de la vie privée.
Une adoption entravée par des interdictions et des sanctions croissantes
L’expansion de Worldcoin n’a pas échappé aux radars des régulateurs, et plusieurs pays ont déjà pris des mesures strictes contre le projet crypto. Le Kenya a été le premier à interdire Worldcoin dès août 2023, invoquant des préoccupations liées à la sécurité nationale et à la protection des données personnelles. En mars 2024, l’Agence espagnole de protection des données a ordonné une suspension de trois mois des activités de Worldcoin, décision qui a ensuite été prolongée pour toute l’année 2024.
En mars, le Portugal a interdit Worldcoin pour une durée de 90 jours, tandis qu’en mai, Hong Kong a imposé une cessation totale de ses opérations sur son territoire. En septembre, la Corée du Sud a frappé fort en infligeant au projet crypto une amende de 1,1 milliard de wons (environ 829 000 dollars) pour non-respect des lois sur la protection des données personnelles. Malgré ces restrictions, l’entreprise affirme continuer d’opérer légalement dans toutes les juridictions où elle est présente.
Le succès de Worldcoin illustre une adoption croissante des identités numériques dans un monde de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle. Cependant, les interdictions successives et les sanctions soulignent la méfiance des gouvernements face aux risques liés à la collecte de données biométriques. Si le projet crypto parvient à rassurer les régulateurs et à renforcer ses protocoles de protection des données, il pourrait s’imposer comme un acteur majeur de l’identité numérique mondiale.