Faut-il choisir entre une loi imparfaite ou aucune régulation ? C’est le dilemme que pose aujourd’hui la politique crypto américaine, à quelques mois d’élections législatives décisives. Au cœur du débat : un conseiller de Donald Trump appelle l’industrie à adopter une position stratégique pour faire passer une loi sur la régulation des cryptomonnaies.
Un texte de loi à adopter d’urgence avant les midterms
Patrick Witt, directeur exécutif du President’s Council of Advisors for Digital Assets, estime qu’un cadre réglementaire pour les cryptos est inévitable. L’industrie crypto, désormais évaluée à plusieurs milliers de milliards de dollars, ne peut plus fonctionner dans un vide juridique. Pour lui, la question n’est plus de savoir si une loi verra le jour, mais quand.
Le texte au cœur de l’attention est le CLARITY Act, une proposition législative qui vise à clarifier les rôles respectifs de deux autorités de régulation : la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Mais le projet divise. Des acteurs influents comme Coinbase s’y opposent, critiquant ses dispositions jugées trop strictes envers les stablecoins ou les protocoles décentralisés.
Face à ces critiques, Witt a tenu à rappeler que toute législation fédérale requiert 60 voix au Sénat, un seuil qui ne peut être atteint qu’avec des compromis. Il invite l’écosystème à ne pas rejeter un texte sous prétexte qu’il ne coche pas toutes les cases. Dans ses mots : « Ne laissons pas le parfait être l’ennemi du bien ».
Un compromis stratégique pour éviter un virage législatif anti-crypto
La stratégie de Witt repose sur un calcul politique clair : tant que le président en exercice reste favorable aux cryptomonnaies, et que le Congrès est contrôlé par les républicains, les conditions sont réunies pour voter une loi équilibrée. Il met en garde contre l’immobilisme, qui pourrait aboutir à l’adoption future d’une régulation beaucoup plus contraignante sous une majorité démocrate.
Sa déclaration prend un tour plus critique lorsqu’il s’adresse directement à Brian Armstrong, le PDG de Coinbase, qui a récemment retiré son soutien au projet. Witt rappelle que cette posture de refus est rendue possible uniquement par la victoire de Trump et la majorité pro-crypto actuelle. Il souligne que repousser la loi, c’est courir le risque de voir émerger des textes « punitifs » si le pouvoir change de camp.
Le calendrier législatif ajoute à l’urgence. Les élections de mi-mandat approchent, et tous les sièges de la Chambre des représentants ainsi que 35 sur 100 au Sénat seront remis en jeu. Même si les républicains espèrent conserver le Sénat, les sondages donnent l’avantage aux démocrates pour la Chambre, ce qui pourrait modifier profondément les dynamiques d’adoption des lois.
À la croisée des chemins, l’industrie crypto américaine doit faire un choix. Le compromis proposé aujourd’hui n’est peut-être pas idéal, mais il offre une rare fenêtre de régulation sous une administration favorable. En refusant d’agir maintenant, le secteur prend le risque d’une régulation imposée demain, dans des conditions moins favorables. Le débat ne fait que commencer, mais l’opportunité de légiférer pourrait ne pas se représenter de sitôt.
